Le renard et la cigogne

Un jour, un renard, se sentant d’humeur débonnaire, décida d’inviter sa voisine la cigogne à un déjeuner. S’extrayant de son repaire, une anfractuosité située sous un hêtre, il héla l’oiseau aux pattes rouge feu, qui habitait à la cime de l’arbre, quatre bons étages plus haut. L’échassier accepta avec alacrité ; c’était le début du printemps, et la bête migratrice revenait tout juste d’un voyage très fatigant qui l’avait vue quitter sa villégiature nigériane pour traverser à tire-d’aile le désert de Lybie et la mer Tyrrhénienne, suivre le couloir rhodanien et enfin rejoindre le lieu de ses premières amours. Aux jour et heure convenus du rendez-vous que les locataires du fayard s’étaient donné, l’hôte atterrit avec douceur devant l’huis et, pour annoncer sa venue, glottora d’une voix dissonante. Au bout d’une demi-minute, l’amphitryon ouvrit son terrier. A l’intérieur s’exhalaient encore quelques effluves issus d’un camembert que le rusé animal au pelage brun-roux avait subtilisé à un corbeau freux un peu trop sensible au(x) panégyrique(s). Mais sur la table ne reposaient que deux assiettes contenant une louche de chaudeau tiédasse. Si le goupil lapa tout avec force clappements de langue, le commensal ne put en boire une goutte…
Philippe Dessouliers
Dictée du Salon du livre de Vesoul (2018)
Texte révisé par Marie-Agnès, le 1er février 2022